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Mémoire(s) : 13 |
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Mémoire(s), chapitre 13,
par C_Lara, le 24 juillet 2004.
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Chapitre 13 : Fugitifs
Sherridan se renfonça dans son siège, mal à
laise.
- Jai été contacté il y a plusieurs semaines, par un intérimaire pour une
mission particulière. Je devais récupérer une pièce essentielle aux travaux de
lOrdre. Coïncidence, jen connaissais la propriétaire. Lorsque jen ai
fait la remarque à mon contact, les ordres ont changé.
Jane ne put retenir un cri étonné.
- Vous êtes un membre de lOrdre ?
- Pas à part entière. Je suis un élément indépendant, jaccomplis diverses
missions quand ils me le demandent.
- Pourquoi ce dîner, Terry ?
Comme il gardait le silence, Jane sentit sa tension monter.
- Pour vous éloigner. Ils auraient sans douté préféré que vous restiez au manoir. Ni
traces, ni témoins. Cest la politique ancestrale de lOrdre.
Winston. Le manoir. La ceinture. Lamulette. Jane sentit la main dans laquelle elle
tenait le pistolet devenir moite.
- Pourquoi ?
- Ils ont besoin des artefacts pour le rituel.
Avec un choc, elle réalisa soudain quil avait subrepticement glissé un bras sous
la table et devina quil tenait un 9 mm très efficace. Elle avait le choix : tuer ou
être tuée.
- Terry
- Jane ?
De la main gauche, Jane fouilla son sac.
- Nous ne sommes pas à armes égales.
Elle déposa ce quelle en avait sorti sur la table. Pendant un instant, Sherridan ne
réalisa pas ce dont il sagissait. Puis il reconnut lamulette dHorus et
ses pupilles se dilatèrent. Au même moment, deux Yamaha noires sarrêtèrent
devant la baie vitrée, et leurs conducteurs sortirent des armes quils braquèrent
vers leur table. Terry se leva précipitamment, tandis que Jane attrapait la carte et
lamulette. Il lentraîna vers les cuisines tandis que la vitrine explosait
sous les rafales des mitraillettes.
- Putain, Croft, vous avez combien de trucs dans ce sac ?!
Jane ne répondit pas. Elle sentit une balle lui frôler lépaule tandis quils
franchissaient les portes battantes. Toujours à la suite de Sherridan qui la tirait dans
sa course, elle contourna les plans de travail où les garçons de salle, éberlués, se
retournaient sur leur passage. Lun deux tenta de sinterposer et poussa
un chariot dans leur chemin, mais Terry sauta par-dessus tandis que Jane glissait sur un
plan de travail. Elle ne savait ou non si elle devait se méfier de Sherridan. Pour
linstant non : cétait elle qui avait lamulette. Ils couraient
désormais côte à côté, de part et dautre dun plan de travail en métal.
Lorsque les deux tueurs firent irruption dans la salle, les balles ricochèrent partout.
Les employés tentèrent à leur tour de fuir dans la même direction et ce fut la cohue.
Au même instant, Jane et Terry grimpèrent sur les tables et sagrippèrent à, une
lampe suspendue pour atterrir les premiers devant la sortie. Elle entendit Terry jurer et
se retourna : il était tombé et se relevait. Jane nhésita pas, et malgré les
balles qui fusaient, elle fit demi-tour et laida à se relever.
- Allons-y !
Ils débouchèrent sur la ruelle à larrière de lhôtel. Terry, une main sur
le flanc, entraîna Jane à sa suite vers la façade. Elle freina son élan.
- Pas par là.
- Fais-moi confiance !
Ils contournèrent le pignon, et Sherridan avisa les deux Yamaha parmi la foule qui
fuyait. Les clés de lune étaient sur le contact. Dun même mouvement, ils se
mirent en selle. Jane saisit son Desert Eagle tandis que Terry démarrait en faisant
ronfler le moteur. Sagrippant dune main au conducteur, elle fit volte-face et
attendit quelques fractions de secondes. Ils commençaient à séloigner quand un
des tueurs, un homme vêtu de noir à la manière de ceux qui avaient pris le manoir
dassaut, avec bonnet et gilet pare-balles se souvint-elle, ressortit des cuisines en
sprintant vers la verrière. Jane chargea, visa et fit feu, encaissant le coup dun
mouvement dépaule, tandis que lhomme qui bondissait vers eux était projeté
à plusieurs mètres en arrière, une balle au milieu du front.
Une porte. Pas la Porte. Plein de portes. De très
nombreuses portes. Et parmi elles, la sortie. Comment décider ? Pile ou face ? Pas de
bol, je nai aucune pièce. En gros je nai que mes deux mains. Et mes deux
pieds, aux boots redoutables. Je me sers de lun dentre eux pour emboutir la
première porte de droite. Argh, javais oublié cette histoire de côte froissée.
La douleur na rien pour améliorer lhumeur. La torche qui brûle entre chaque
porte du couloir éclaire faiblement la pièce. Jai toujours aimé
lobscurité. Mais elle me semble différente quand jai un flingue. Allez
savoir pourquoi ! Javance et la porte se referme derrière moi. Cest
lobscurité totale pendant un instant puis mes yeux shabituent à la pénombre
et il ne me faut quune seconde pour reconnaître où je suis. Je suis chez moi, à
Croft Manor. Dans la cave, parmi les artefacts. Je cours droit devant, je traverse
lenfilement de pièces jusquà la porte, jappuie sur
linterrupteur. Je ne sais pas trop comment cest possible, mais je suis de
retour au Surrey, plus ou moins vivante. Je vais embrasser Winston. Je vais reprendre
possession de ma maison. Je vais finir ce que jai commencé, à savoir remettre en
place et réparer un minimum de casse en Egypte. Mais dabord : un bain ! Et des
flingues ! Yeah, je nen peux plus
Je marrête net dans mon élan : dans le hall du manoir, des caisses sont empilées,
en attente dêtre déménagées. Je me souviens davoir vu le manoir dans cet
état lors du grand déménagement. Le hall a exactement le même aspect qualors :
froid et impersonnel. Un regard en arrière me confirme que tout nest pas dans son
état normal : le jardin est en chantier. Je ne suis pas dans le présent. Et comme pour
me donner raison, je vois une silhouette surgir devant moi. Une jeune femme avec un
chignon, habillée exactement comme moi. Leffet est étrange. Je suis curieuse, et
à la fois je ne veux pas en voir plus. Je me colle contre lescalier, tandis que
lautre moi avance vers une des caisses et en fait sauter le couvercle. Le reste de
la caisse seffondre et dévoile un coffret en or, ornés danges qui dansent.
LArche dAlliance. Je me sens sourire et le même sourire se dessine sur
lautre moi. Sans doute à lévocation de ce souvenir. Comment jai obtenu
cet artefact. Toute une histoire. Je vois ce cher Winston arriver, un plateau à la main.
Je tends la main à son passage, pour manifester ma présence, mais ma main passe au
travers de son épaule. Ce simple geste me terrifie. Un instant, je le vois hésiter à
avancer. Le plateau tremble, la tasse de thé sagite. Puis mon majordome et ami
reprend sa course. Terrorisée, je le suis. Je suis donc un fantôme. Je murmure
«
Winston ». Mais aucun son ne sort de ma bouche. Jai beau tenter de parler, de
crier. Rien ny fait. Silence complet. Pour la première fois depuis très longtemps,
je ressens du désarroi. Cest ça que lon ressent alors ? On peut tout voir,
mais ne rien toucher ? Je ferme les yeux. Du calme du calme.
Une silhouette bouge sur ma droite et je sens la terreur monter dun cran. La Chamane
est là, devant lentrée de la cave. Elle regarde vers moi, mais ses yeux sont
révulsés et elle murmure des imprécations quaucun des deux autres ne semble
entendre. Cest un chant guttural et rauque, qui sort de sa bouche de façon
ininterrompue. Je fais un pas vers elle, elle hausse dun ton. Son chant a
sensiblement augmenté quand jarrive à ses côtés, mais ne trouble pas le moins du
monde Winston ou lautre moi. Jhésite à poser la main sur son épaule. Et si
je déclanchais un cataclysme ? Je pense à ce qui ma menée ici, à lamulette
dHorus, à la dague de Xian, au Scion. Et je pose la main sur lépaule
de la Chamane. Qui me regarde dans les yeux. Et qui sourit. Je ressens un froid intense au
niveau du ventre. Puis la sensation se communique aux jambes, aux bras. Je regarde la
Chamane dans les yeux, tout bascule et je me sens tomber, tomber.
- Il nous suit !
- Bien sûr quil nous suit ! Ce sont des tueurs-nés, ils ne nous lâcheront pas
avant que nous soyons morts. Ou que nous les ayons tués. Au choix, je préfère la
deuxième solution
Jane se retourna. Ils approchaient du Tower Bridge. La circulation était dense,
cétait samedi soir, période de vacances. La route étincelait de bruine. La moto
passait en danseuse entre les voitures, mais leur suiveur gagnait du terrain. Jane tendit
le bras, mit lautre en joue et tira. Mais lhomme fit un écart et elle le
manqua. Elle sentit des gouttes et remarqua que le ciel sétait assombri. Il était
même complètement noir et menaçant. Quelques gouttes se mirent à tomber. Puis ce fut
le déluge. En un instant, leur vue fut brouillée par la pluie. Sherridan ne ralentissait
pas. Mais lautre non plus. Jane distinguait avec peine le phare qui
saccrochait à eux. Tirer serait vain. La silhouette du Tower Bridge se découpait
sur le ciel noir. Terry accéléra, changea de bande et partit complètement en diagonale
entre les voitures qui arrivaient en sens inverse. En un instant, Jane comprit son
intention. Elle glissa le pistolet contre sa jambe et son sac à lintérieur de sa
robe. Puis, saccrochant aux épaules de Sherridan, elle replia les pieds sous ses
fesses et attendit une seconde. La moto prit le trottoir de front et la roue avant se
souleva. Haut, assez haut pour enjamber la barrière de sécurité et envoyer ses
passagers directement dans la Tamise. Au moment du choc, Jane donna une petite impulsion
à ses chevilles et sentit une force prodigieuse la soulever, elle se vit passer
par-dessus Terry, et dun mouvement similaire ils plongèrent vers le bas.
Leau était glacée et elle senfonça très loin. De leau
sengouffra dans sa bouche et son nez. Il lui fallait remonter. Vite. Avant que le
courant du fleuve gonflé par les pluies ne lentraîne loin. Elle nagea
frénétiquement vers la surface, avec limpression que cela durait des heures. Les
poumons sur le point dexploser, elle fit irruption à la surface et inspira un grand
bol dair qui la fit tousser, tout en se débattant avec les flots pour atteindre
lune des piles du pont. Un éclair déchira lobscurité et elle vit Sherridan
lui tendre la main. Il la souleva comme un fétu de paille et la déposa à ses côtés,
sur le pilier de droite. Elle voulut sélancer vers le quai, mais il la retint en
lui montrant le pont au-dessus deux. Elle hocha la tête : compris ! Le tueur les
guettait sûrement. Ce nétait quune question de secondes avant quil les
débusque. Terry lui désigna une petite grille carrée qui bouchait lentrée
dun égout. De la crosse de son pistolet, il fit tomber les écrous rouillés et
tous deux pénétrèrent dans lantre malodorante. Ils avancèrent en rampant le long
dun large tuyau et se laissèrent tomber dans légout principal quelques
dizaines de mètres plus loin.
- Nous y revoilà.
Jane observa quelques instants sa tenue : sa robe était déchirée, sa jambe saignait.
Elle sapprêtait à lancer une remarque cinglante à Sherridan mais sarrêta.
- Hey ! Ca va ?
Il ne répondit pas. Pâle comme un linge, il haletait en se tenant le flanc. Jane lui
écarta la main dautorité, révélant une plaie sanglante sur son côté droit.
Elle le plaqua au mur au moment où elle le sentit glisser.
- Appuyez-vous sur moi, on sort dici.
Retour au couloir des portes. Apparemment je navais
pas choisi la bonne ; jexaminai les bois, les montants, les torches. Aucune
indication quant à la porte à choisir. Tant quà faire, autant continuer. Je
défonçai donc celle de gauche. La douleur était nettement plus supportable à présent.
Là encore, le noir. Jusquà ce que jy rentre et que la porte se referme dans
mon dos. Et là, surprise, je suis dehors. Le soleil brille doucement entre les ruines des
temples dAngkor-Vat. Je me retourne : plus une trace de la porte. Les ruines
mentourent. Je me tiens sur un promontoire, tout au bord dune chute
deau. Soudain, une silhouette floue passe en courant devant moi et saute du haut
dun mur.
- Pas si vite, Fraulein.
Cette voix ! Je me retourne. Von Croy ! Dans son éternelle tenue beige. Il regarde vers
moi mais ne me voit pas. Lair est tiède et humide. Le soleil entre par rayons fins
entre le feuillage des arbres et tombe directement sur Werner. Mon mentor. Il dissimule un
sourire en regardant quelquun en contrebas. Je me retourne et je réalises où je
suis : Cambodge. 1984. La fille qui regarde les murs antiques, cest moi. Elle se
retourne et lui envoie un vrai sourire. Dun saut leste, Werner se laisse glisser en
bas du mur. Cet instant me trouble plus que je ne laurais cru. Quelques mois
auparavant javais bombardé Werner Von Croy lors dune conférence quil
présentait au pensionnat. A ma demande, mon père lui avait demandé si il pourrait
mengager comme assistante lors de son prochain voyage. Larchéologue avait
accepté avec gentillesse. Il mavait traitée avec respect dès notre première
rencontre, et non pas en subalterne comme je lavais craint. Les choses
auraient-elles été différentes si Von Croy avait été désagréable ? Me serais-je
tournée vers la vie que voulaient mes parents pour moi ? Je soupire et les suit entre les
ruines. A présent Werner propose une course. Le but est de dénicher lIris, sorte
de pierre magique légendaire aux pouvoirs étonnants. Je sais dès à présent que dans
un avenir lointain, cette jeune fille de seize ans aura à nouveau à faire à cet
artefact. Et à Von Croy. Jai envie de lui crier de ne pas y aller. De faire
demi-tour. Quune autre vie lattend. Une vie non pas de pillages, de combats
constants et dincessants voyages mais une vie rangée. Une vie normale. Von Croy
fait le décompte, il va donner le signal du départ. Je sers très fort une branche
darbre pour garder mon calme, et celle-ci produit un craquement sec en se brisant.
Larchéologue a une hésitation en entendant le « crac », alors que je me vois
partir comme une flèche. Je décide de suivre cette fille à la course, et sans
réfléchir je maccroche aux arbres, grimpe, glisse et me rattrape aux lianes, puis
cours dans les couloirs obscurs des temples et soudain je débouche sur la salle de
lIris. Lobjet se trouve sous un dôme de métal, caché à celui qui rentrait
par mégarde dans cet endroit. Je marrête, essoufflée. Ladolescente me
dépasse et se dirige vers un levier. Je me rends compte que, déjà à cet âge, la
curiosité était plus forte que tout. Jai réussi à arriver jusquici. Je me
suis servie des objets sans y penser vraiment. Machinalement. Est-ce que je pourrais
empêcher ce qui va suivre ?
Je me vois tirer sur le levier, et je me souviens. Le dôme sécarte, révélant un
gouffre, et au centre de celui-ci, un socle supportant lIris. Je le contemple une
seconde puis je me retourne et regarde le visage de lautre. Mes yeux de seize ans
découvrant cet objet magique pour la première fois. La lueur de lobjet se
reflétant dans mes yeux. La fille ne respire plus, ne fait plus un geste.
Von Croy arrive alors, essoufflé. Je lentends parler mais ne comprends pas ce
quil dit. Je sens battre mon cur. « Werner, si seulement vous aviez pu vous
en empêcher ». Ce qui suit se passe très vite. Werner se saisit de lIris et le
sol commence à trembler. Bouleversée, je vois Von Croy préférer rester auprès de
lIris. Je vois la fille courir vers la sortie, se retourner et lappeler. Sans
se rendre compte de rien, elle passe devant la Chamane qui se tient toute droite parmi les
blocs qui seffondrent. Je la rejoins en trottinant. Le vacarme est épouvantable. On
dirait que la terre est en train de hurler, mais elle reste immobile, ses lèvres bougeant
assez vite pour que je devine quelle récite toujours sa prière. Tandis que je
tends la main vers elle, je me retourne et je vois le dôme se refermer sur Von Croy. Je
comprends dès lors que rien naurait pu changer ce quil est advenu ce
jour-là. Que je sois arrivée la première où après lui, Werner aurait de toute façon
pris possession de lIris. Et je laurais de toute façon perdu. A cette
pensée, je sens à nouveau le sol souvrir. Je me sens tomber. Retour aux
portes
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L'exposition de Captain Alban
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