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Dans son édition de Novembre 97, le
mensuel français Max a failli faire de Rhona Mitra sa couverture et il consacre un long
article à Lara Croft et au phénomène qu'elle suscite.

In bed
with Lara
par Jérôme Viger-Kholer |
Lara Croft : premier
sex-symbol de l'ère vidéogame. Plus de 300000 exemplaires de «Tomb Raider» vendus en
France et le n°2 (sortie fin novembre) devrait faire encore plus fort. Déclaration
d'amour.
Cette nuit, j'ai couché avec Lara Croft.
Ou plus exactement, j'ai rêvé que je faisais des galipettes classées X avec l'héroïne
du jeu vidéo Tomb Raider. La dernière fois que j'ai fait un rêve érotico-héroïque,
c'était avec Catwoman, la nuit du 24 décembre 1995. J'en étais ressorti le dos lacéré
de griffures roses et la voix ronronnante. Après Lara, je me suis réveillé courbatu,
les biceps engourdis, les abdos en bouillie. Et des flashs pornos plein la tête. A base
de bikini Gucci au pied du lit, de kalachnikov sous le matelas et de menottes aux
poignets. Limite SM. Je crois même qu'elle m'a obligé à la regarder faire avec une
blonde anorexique, le genre supermodel londonien de moins de 16 ans. Yes man! Moi qui
enquête sur la Croft, je suis servi. En une nuit, j'en ai appris bien plus qu'en
épluchant les communiqués officiels de Eidos Interactive, la société productrice de
Tomb Raider. Je n'ai plus besoin de perdre mon temps à télécharger les dizaines
d'images de Lara à poil disponibles sur Internet. J'ai couché avec Lara Croft.
Désormais, j'en sais plus sur elle que Toby Gard, son papa programmeur.
Lara, la bitch à double guns
Hier encore, je jouais au reporter consciencieux au siège hexagonal de Eidos, à Clichy.
L'attachée de presse m'a listé les titres de gloire de Tomb Raider, un videogame
disponible sur PlayStation et PC. Lancé il y a un an, Tomb Raider s'est vendu à plus de
deux millions d'exemplaires dans le monde, dont 300 000 en France. Les atouts du jeu? Une
animation en 3D inédite, un scénario béton pompé sur Indiana Jones et surtout une
héroïne virtuelle, hypersexuelle et surpuissante. Une bitch à double guns, au sourire
de requin, aux seins atomiques, au cul de sprinteuse. Et un nom à retenir: Lara Croft. En
juin, elle a fait la couverture du magazine anglais The Face. Elle volait la vedette à
U2, Primal Scream, Gillian Anderson et Milla Jovovich. La superstar du Cinquième Elément
avait beau la jouer soumise en minijupe rouge sur la double page 78-79, c'est la Lara
synthétique qui faisait l'événement. Relookée pour l'occasion par Alexander McQueen,
Gucci et Jean Colonna, elle ne se séparait pas de son attirail de riot girl. Un
mois plus tard, Lara montrait ses fesses bodybuildées en première page du quotidien
Libération. Toujours en bikini Gucci, toujours armée d'un gun à rallonge. Dix fois plus
virile que Mario, cent fois plus sexuelle que Pacman et mille fois plus humaine que Max
Headroom, voici Lara Croft, la première super superstar de l'ère cyber.
Lara, décoincée lors d'un crash
Comme la plupart des mordus, j'ai passé près d'une centaine d'heures à venir à bout du
jeu Tomb Raider. Et pourtant, je suis un accro. Quand j'éteins la PlayStation, je me
plonge dans le dossier de presse et les sites Internet. Je connais la bio de Lara
quasiment par coeur. De mémoire : «Lara Croft a grandi dans un milieu
aristocratique. A 21 ans, elle se marie avec un riche héritier. Son destin semble tout
tracé, jusqu'au jour fatidique où son avion s'écrase dans les montagnes himalayennes.
Seule survivante, elle trouve refuge dans un petit village. Depuis cette expérience
tragique, elle ne supporte plus le monde étriqué de la haute société britannique. Elle
découvre qu'elle est faite pour parcourir le monde en solitaire. Pendant huit ans, elle
perfectionne ses connaissances sur les civilisations antiques du monde entier et découvre
de nombreux trésors archéologiques.» Traduction : Lara a 29 ans. Elle s'est
décoincée lors d'un crash en altitude. Depuis, elle s'est forgé une personnalité
blindée, à base d'individualisme forcené, de cours de rattrapage en archéologie et
d'entraînement au self-defense. Elle a toujours une arme à portée de main. Et travaille
un peu trop ses pectoraux.
Lara s'est mise à descendre des mecs
Ça tombe bien : la planète n'a pas fini de flipper sur la poitrine de Lara Croft.
Dans l'imaginaire global, ses seins vont remplacer ceux de Pamela Anderson. Car le
deuxième épisode de Tomb Raider va exploser le box-office du videogame. Dans Tomb Raider
2, le moteur de l'animation 3D a été boosté. Les seins de Lara se sont arrondis, ses
jambes affinées et sa queue de cheval touche les fesses. Elle a encore gagné en
agilité. Elle saute, nage, grimpe et s'accroupit comme jamais. En fonction des scènes,
elle n'hésite pas à se débarrasser de sa tenue basique (short marron, Timberland,
socquettes blanches, T-Shirt kaki). On la fait nager au milieu des requins en tenue de
plongée ultra-moulante ou marcher dans la neige, emmitouflée dans un bomber.
Malheureusement, impossible de la voir se changer. Dans cette nouvelle version, Lara
parcourt le monde, de Venise au Tibet, en passant par la Grande Muraille de Chine. Et
surtout, elle tue des humains! Dans Tomb Raider J, Lara abattait des ours, des
chauves-souris, des loups, des crocodiles, des momies et même un Tyranosaurus Rex. Mais
pas d'hommes. Avec Tomb Raider 2, le tabou tombe. Lara descend des mecs. Lara Croft,
psychokiller? Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y aura jamais de scènes castratrices à la
Lorena Bobbit. Les producteurs de Eidos Interactive et les concepteurs de Core design
doivent éviter l'écueil du trash pour toucher tous les publics. Lara Croft n'est plus
une superstar underground, c'est déjà une mégastar grand public.
Lara Croft en vraie fille ?
Finalement, Lara Croft va connaître le même problème existentiel que les grosses
productions hollywoodiennes, coincées par le mediatically correct. Pas facile de
vendre des millions de Tomb Raider tout en restant culte. Surtout quand le merchandising
de masse se met en branle. Et que les enjeux financiers dépassent ceux de l'industrie du
jeu vidéo. Dans ce genre de big business, les produits dérivés se révèlent
encore plus rentables que l'oeuvre originale. Déjà, la Lara synthétique s'est prêtée
au jeu de scène du Popmart World Tour de U2. On l'a vue sur le plus grand écran vidéo
du monde, entre des personnages de Keith Haring et de Roy Lichtenstein... Et puis, Lara
s'est dédoublée en une version de chair et de sang. Le mannequin Rhona Mitra joue Lara
Croft dans les salons professionnels, dans le clip du premier single «Getting Naked» et
sur tout l'album Lara Croft produit par Dave Stewart, l'ex-Eurythmics. Rhona Mitra
sera-t-elle à la hauteur de la Lara originale? Ne risque-t-elle pas de dénaturer le
fantasme de la cyber créature? L'important, c'est que les kids puissent acheter des
blousons, des casquettes et des CD... En attendant la BD, la série télé et le long
métrage Tomb Raider.
Lara lesbienne?
Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas les clips de «Getting Naked» en rotation lourde sur
MTV qui me feront oublier ma nuit avec Lara Croft. Et j'en profite pour démentir
catégoriquement la thèse d'une Lara exclusivement lesbienne. Lara est une bisexuelle
dominatrice, adepte des accessoires tordus et des plans à trois (deux filles et un
garçon). Et qu'on ne lui crée pas un boyfriend virtuel ou réel pour faire monter la hype :
Lara est tout sauf une hétérosexuelle monogame.
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