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L'âge de glace DC
(5) |
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L'âge de glace - Director's Cut,
chapitre 5, par Pitoch,
le 25 nov 2005.
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Chapitre 5
Trois heures du matin, et la pluie tombait
sans discontinuer. Les éclairs qui zébraient le ciel à intervalles réguliers
illuminaient le manoir privé délectricité comme un plein jour. Assis sur le
canapé, Indy contemplait la photographie de la pointe de lance, les yeux
dans le vague. Lara dormait non loin de lui, en chien de fusil. Il ramena
son attention sur la photo, comme il le faisait depuis trois bonnes heures.
A la lueur des bougies, la photo prenait des reflets étranges, rendant la
représentation presque réelle. La pointe de lance scandinave navait en
effet rien dexceptionnel. En métal, assez rouillée mais encore en bon état,
au tranchant totalement émoussé. Sa seule valeur venait de son âge et de son
état de conservation. Vraiment rien dexceptionnel. Le seul indice qui
sauvait cette pointe de lance dune affligeante banalité était les petites
inscriptions finement ciselées à la base de lobjet. Indy en conclut que la
lance devait appartenir à un Viking aisé, peut-être même un chef de clan.
Mais peu importait : il jeta la photo sur la table basse et soupira de
dépit.
***
Lara se réveilla en gémissant, percluse de
courbatures. Elle fut aussitôt assaillie par une odeur de café frais, qui la
leva plus efficacement que nimporte quel réveil. Sept heures du matin. Elle
sétira langoureusement, jeta un coup dil à la pluie antédiluvienne qui
sabattait dehors et rallia la cuisine. Elle y trouva Winston, toujours
affairé, et Indy, assis sur une chaise, contre la table. Il regardait la
télé en sirotant une tasse de café. Sans hésiter, Lara sattabla et attaqua
aussitôt une énorme brioche, tandis que son majordome remplissait une tasse.
- Ils barlent tu blach-out ? fit-elle la bouche pleine.
- Hein ?
- Ils parlent du black-out ?
- Ah
oui. Terrible. Des milliers de blessés, et surtout quarante-deux
morts. Apparemment, ça a touché lIslande, lIrlande et nous.
- Quarante-deux ? Cest énorme ! A cause de la panique ?
- Non. A cause de leur point commun : ils portaient tous un pacemaker.
Lara haussa les sourcils détonnement.
- Cest quoi, le rapport ?
- Le black-out a été causé par un OEM.
- Tiens, moi qui croyais que ça venait dun FRT, ou dun XWSD, voire dun
ZSQ
- Un orage électromagnétique, continua Indy, indifférent à lironie de la
jeune femme. Tous les appareils électriques ont explosé sur des milliers de
kilomètres carrés. Et on a retrouvé des oiseaux et du bétail morts par
centaines. Perturbés au point de se jeter dans le vide ou de heurter des
bâtiments.
- Un joyeux bordel, donc. Tiens, entre parenthèses, on a récupéré
lélectricité
- Oui.
Ils restèrent un moment silencieux, à profiter de leur petit déjeuner.
- Je vais descendre vos bagages, docteur Jones, fit Winston.
- Merci.
- Tu pars ? sétonna Lara.
- Oui. Je dois régler des problèmes administratifs à New York. Et puis la
pluie continue sur lAngleterre nest pas une légende.
- Ca reste exceptionnel, à ce point-là.
- Je me doute. Surtout si tu y ajoutes lOEM
Il se tut, sirotant son café, sans lâcher Lara des yeux. Celle-ci soutint
son regard, puis hocha la tête.
- Oh non, Jones, pas de ça ! Non, non !
- Quoi ? Reconnais que cest louche !
- Pas au point dy voir une fin du monde. Tu es en train de lier lOEM à la
pluie qui sabat depuis le début de la semaine.
- Ca mériterait lavis dun spécialiste
Lara soupira, sachant pertinemment quelle ne pourrait pas lui sortir ça de
la tête. Elle se résigna en haussant les épaules.
- Voilà ce que je propose, fit-elle. Je taccompagne à New York et au
retour, si la pluie continue sur Londres, je te présenterais à un
spécialiste. Ca te va ?
- Ok, vendu !
***
Ils arrivèrent à New York en début
daprès-midi, le lendemain. Le temps y était à peine plus clément quau
Royaume-Uni : le ciel était gris, menaçant. Mais il ne pleuvait pas.
- On a vraiment un été pourri, remarqua Lara, assise dans le taxi qui les
menait à luniversité.
- Ca doit être pareil dans tout lhémisphère nord, lança timidement Indy.
La jeune femme savait ce quil en était : son ami avait une théorie quil
savait grand-guignolesque, et dont cette conscience accrue lempêchait den
parler ouvertement. Dautant que Lara sétait montrée particulièrement
sévère envers lui. A la demande dIndy, le taxi les déposa à lentrée du
campus, et ils marchèrent jusquau pavillon attribué à lhistoire. Malgré
lété, luniversité était en effervescence. Etudiants et professeurs
arpentaient le campus comme en pleine année. Beaucoup détudiants se
retournèrent au passage de Lara, la gratifiant de sourires, dillades sans
équivoque, voire de sifflets admiratifs.
- Je suis désolé pour ces réactions, fit Indy en entrant dans le bâtiment.
Ils sont encore jeunes.
- Tinquiète pas ! Cest plutôt flatteur, finalement, répondit-il en riant.
Indy hocha la tête et la guida jusquau bureau de son père. Lara jeta un
coup dil circulaire à la petite pièce encombrée.
- Ca a lair si
studieux, lâcha-t-elle, à défaut dun meilleur terme.
- Toute la vie du professeur Henry Jones dans neuf mètres carré ! sourit
Indy.
- Ca ne te fait rien de tout jeter ? Même pas un petit pincement au cur?
- Je ne vais pas tout jeter. Je vais en fournir une grande partie au doyen,
qui organisera le tri des dossiers. Et leur ré-affectation.
- A dautres professeurs ?
- Voilà.
- Mais pas toi
- Je suis encore trop jeune pour menfermer là-dedans.
Indy ricana à cette notion de « trop jeune » le concernant.
- Attends-moi là, je vais chercher un chariot.
Il repartit dans le couloir. Lara entra et referma derrière elle. Puis elle
contourna une des piles de dossiers et sinstalla au bureau. Elle caressa
lentement le bois verni et usé, tout en respirant à pleins poumons lodeur
de vieux papiers. Lambiance était feutrée, solennelle. Machinalement, elle
remit de lordre dans le pot de crayons : elle se perdit dans ses pensées.
Le professeur Henry Jones. Arrogant, sarcastique. Exigeant envers lui-même
comme envers les autres. Particulièrement envers son fils. Lara reconnut à
elle-même quelle avait appris à détester le père dIndy. Allant jusquà
laccuser de trahison. Il avait dû encaisser la haine de Lara sans dire un
mot, afin de mettre à exécution son plan. Son plan visant à sauver le monde.
Et Lara laccablait de reproches et daccusations. Définitivement un vrai
regret. Si elle avait loccasion de dire au vieux professeur Jones comme
elle avait honte, comme elle regrettait son comportement
Soudain, la porte
du bureau souvrit. Non pas sur Indy poussant un chariot, mais sur un petit
homme dune soixantaine dannées, les cheveux coiffés sur le côté, portant
des petites lunettes rondes. Lara le reconnut à la description quen avait
souvent faite Indy, qui le présentait comme un rat de bibliothèque, tout
comme son père. Mais si le professeur Jones nétait pas un aventurier, il
était doté dun charisme impressionnant, dont le nouvel entrant était
clairement dépourvu. Pire, il inspirait une profonde antipathie. Lara le
regardait depuis quelques secondes, et elle avait déjà envie de le gifler.
- Mais
Que faites-vous là, mademoiselle ? demanda-t-il, outré. Vous êtes
dans le bureau dun éminent professeur ! Je vous prie de quitter les lieux
et de retourner dans votre cours !
- Vous êtes Brody ? Marcus Brody ? rétorqua Lara.
- Mais
oui, cest moi, pourquoi ? Qui êtes-vous ?
Indy arriva sur ces entrefaites, poussant deux chariots.
- Lara Croft, précisa-t-il. Vous avez fait connaissance ?
- Indy, cest toi ? Que fais-tu là ?
- Je suis venu faire du rangement dans le bureau de mon père, Marcus. Je te
présente Lara.
Brody gratifia la jeune femme dun salut guindé de la tête. Lara ne lui
répondit même pas.
- Le doyen te cherche, Indy, reprit Marcus.
- Je men doute. Mais tu vas rester discret sur ma présence, nest-ce pas,
mon vieil ami.
- Oui, tu peux compter sur moi.
- Bien, nous repartirons rapidement, et en silence. Merci, mon vieux, tu
peux nous laisser.
Indy poussa aimablement Brody hors du bureau et referma derrière lui.
- Rangeons un peu ce capharnaüm ! fit-il.
Lara acquiesça et ils attaquèrent les piles de dossiers. Grâce aux deux
chariots, ils purent faire deux groupes : les dossiers « à jeter » et les
dossiers « à refiler ». Indy ne voulant pas perdre de temps, il décida de
classer comme « à jeter » tous les dossiers qui avaient lair en mauvais
état, incomplets ou trop couvert de poussière. Ils avancèrent rapidement
quand, alors quils voyaient enfin le bout, Lara bloqua sur un des dossiers
« à jeter ».
- Tiens, marrant
fit-elle.
- Quoi donc ?
- Ce dossier a été rédigé par Werner Von Croy.
- Qui est Werner Von Croy ?
- Mon ancien professeur. Mon mentor. Un aventurier qui ma tout appris.
- Mort ?
- Oui. Que fait un dossier comme ça dans le bureau de ton père ?
Indy haussa les épaules.
- Mon père était un professeur très réputé. Il recevait régulièrement des
étudiants avides de reconnaissance qui lui présentaient des dossiers plus ou
moins farfelus.
- « Farfelu » nest pas un terme qui définit le mieux Von Croy
- Désolé, je ne voulais pas te vexer.
- Tu ne mas pas vexé. Tu as sûrement raison, de toute façon. Ce dossier
date de la jeunesse de mon mentor. Sûrement quand il était étudiant.
- Ben tu vois. A jeter ?
- Non, sil te plait. Jaimerais le mettre dans lautre chariot. Par respect
pour le travail de mon mentor.
- Pas de problème, on le refile !
- A qui, au fait ? Ca va te forcer à croiser le doyen, non ?
- Non, jai un plan diabolique. Suis-moi !
Indy sortit du bureau, poussant le chariot « à refiler » devant lui. Lara le
suivit. Après un long couloir, Indy frappa discrètement à la porte. Pas de
réponse. Sortant une petite clé de sa poche, il ouvrit, sans faire de bruit.
- A quoi tu joues ? On dirait un voleur !
- Conspirateur, je préfère
Gamin, si tu y tiens.
Avec un sourire, il désigna lintérieur du bureau. Identique à celui de
Jones père, à un détail près : celui-ci était dune tenue irréprochable,
sans aucune poussière ni aucun désordre. Tout était parfaitement rangé et
classé.
- Brody ? demanda Lara.
- Brody. Tu maides ?
- Vous êtes un méchant garnement, docteur Jones.
Indy fit un grand sourire et attrapa une demi-douzaine de dossiers sur le
chariot, quil lança en vrac dans le bureau. Des feuilles volèrent en tout
sens, rendant déjà le bureau inutilisable. Ils vidèrent ainsi le chariot.
- Ton pote va faire une attaque, non ?
- Pas à ce point-là, répondit Indy, mais il aura le choc de sa vie !
Il attrapa le dernier dossier, mais retint soudain son geste en constatant
quil sagissait de celui de Von Croy. Il jeta un coup dil interrogatif à
Lara.
- Vas-y, confirma-t-elle. Ca ma fait plaisir de voir ce dossier, mais je
suis pas fétichiste !
Après un clin dil, il lança le dossier et admira le résultat : un bureau
dévasté. Il referma à clé.
- Je tinvite à une ballade dans New York, suivi dun bon repas, fit-il en
souriant.
- Vendu. Demain on rentre en Angleterre.
Ils quittèrent luniversité bras dessus bras dessous, heureux comme des
enfants du tour pendable quil venait de faire à un éminent professeur
duniversité. Dans son bureau initialement impeccable, des feuilles
jonchaient la table et le sol. Du dernier dossier, celui de Werner Von Croy,
tomba lentement la photo jaunie et racornie dune pointe de lance.
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