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L'âge de glace DC
(9) |
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L'âge de glace - Director's Cut,
chapitre 9, par Pitoch,
le 08 jan 2006.
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Chapitre 9
Depuis deux bonnes heures, Lara surfait sur
Internet, parcourant les sites dannuaires, à la recherche dun Eric «
Lo-quelquechose ». Un prénom, les deux premières lettres du nom, et une
description précise : grand, blond et étranger. Cétait peu. Dailleurs,
elle ne trouvait rien du tout. Elle déroulait les pages machinalement, avec
la molette de sa souris, sans réellement les lire. Elle avait perdu la
motivation. Eric Lo
Un blond. Très blond. Comme un
Lara sursauta soudain.
Comme un scandinave ! La jeune femme trembla dexcitation. Laccent
étranger, la blondeur, la lance dOdin
Tout concordait ! Se forçant au
calme, elle tapa « Erik Lo » sur le clavier. Avec un « k ». Elle obtint
rapidement la réponse quelle cherchait depuis deux heures : Erik Lorsenn.
***
- Un armateur norvégien, répéta Winston,
sans trop y croire.
Le majordome était dans la chambre de Lara, un dossier ouvert dans les
mains. La jeune femme passait de la salle de bains au paravent et du
paravent à la salle de bains, pour se préparer.
- Eh oui, cest assez surprenant, confirma-t-elle.
- Etes-vous sûre de votre fait ? Je veux dire, comment peut-on imaginer
quun respectable homme daffaires puisse être impliqué dans une catastrophe
mythologique majeure ?
- Je ne sais pas. Je fais peut-être fausse route
Après tout, jai pu mal
comprendre ce qua dit Penny, ou il peut y avoir dautres Erik Lorsenn. Ou
dautres Eric Lo quelque chose !
- Alors pourquoi y allez-vous ?
- Parce que cest ma seule piste. Il est riche, il est norvégien et il est à
Londres. Cest peu, mais cest suffisant, comme éléments. Je suis prête.
Vous voulez voir ?
Winston soupira, sattendant au pire. Il donna son accord et obtint
finalement le pire. Flegmatique jusquà la racine des cheveux, le vieux
majordome ne put néanmoins sempêcher de hausser un sourcil, seule marque
visible de sa déstabilisation : la jeune femme portait un vieux jean troué,
un T-shirt ultra-court, qui moulait sa poitrine de façon indécente et qui
dévoilait presque entièrement son ventre. Elle portait également de vieilles
baskets sales, et sétait teint les cheveux en blond platine, rajoutant
ensuite des mèches mauves. Tous les efforts de Winston pour faire de Lara
une femme élégante et raffinée venaient de senvoler en une seule tenue.
- Alors ? dit-elle.
Elle tourna sur elle-même, pour faire admirer la tenue. Winston remarqua
alors quon voyait clairement une de ses fesses, le jean étant troué juste
au sommet de la cuisse. Ce fut la goutte deau : le majordome partit sans un
mot. Bryce le croisa, entra dans la chambre et hurla de rire.
- Winston la mal pris, je pense
fit Lara.
- Ya de quoi, tas vu ta tronche ? Eh
Mais tas un piercing au nombril !
Je lavais jamais vu !
- Cest normal, je te paye pas pour contempler mon ventre. Du nouveau ?
- Du complément : Lorsenn est un patron tout ce qui a de plus classique.
- Blanc comme linge ?
- Non, justement ! Juste ce quil faut comme licenciements abusifs,
contrôles fiscaux et autres problèmes avec des syndicats. Un patron de base,
quoi
- Serait-ce un reproche demployé à sa patronne, mon chou ?
Bryce se contenta de hausser les épaules.
- Ca va, si on peut même plus rigoler
Lara sapprocha et lembrassa tendrement sur la joue.
- Tauras pas daugmentation, mon chou, lui souffla-t-elle à loreille.
- Le mot « prudhommes », ça te parle ? répliqua-t-il.
La jeune femme sesclaffa, avant de coller un énorme baiser sur lautre joue
de son jeune ami, puis de le décoiffer avec la main.
- Allez, feu ! sexclama-t-elle. Allons rencontrer monsieur Lorsenn.
***
Habillée comme une « racaille », Lara
paraissait facilement dix ans de moi. Elle avait passé le temps du trajet en
métro pour peaufiner son approche. La problématique était simple : elle
devait approcher un grand patron. Elle aurait pu se présenter en tant que
Lady Lara Croft, mais cétait un titre ronflant, donc marquant les esprits.
De plus, une aristocrate rendant visite à un armateur sans raison aurait
paru étrange aux yeux des employés. Alors quune « racaille » proposant
quelque chose dimportant
Elle se prit à stresser : non seulement elle y
allait au culot, mais de plus, elle se rappelait la dernière fois où elle
était allée défier un puissant homme daffaires dans son bureau. Stevenson
Banks. Elle frémit, se disant que Lorsenn ne pouvait pas la jeter par la
fenêtre en plein Londres. Quoique, Robson était mort en pleine rue et en
plein jour
Elle sortit du métro au cur du centre daffaires de Londres. Elle entra
dans la tour où se trouvaient les locaux de Lorsenn Corp et monta au
seizième étage, après avoir montré patte blanche à la sécurité. Elle arriva
face à une standardiste passionnée par son travail. Elle mâchait
distraitement un chewing-gum, tout en pensant à autre chose quà son
travail. Elle sétait refaite une contenance en voyant entrer quelquun,
mais sétait de nouveau détendue quand elle vit à qui elle avait affaire.
- Je peux vous aider ? demanda-t-elle, dun ton qui montrait clairement
quelle ne pouvait ni ne voulait pas.
- Lorsenn, cest ici ? répliqua Lara en mâchant son chewing-gum encore plus
bruyamment que la secrétaire.
- Oui, vous avez rendez-vous ?
- Non, mais dites-lui que jai un truc intéressant à lui vendre.
- Monsieur Lorsenn nachète rien.
- GROUILLE !
Lara venait de hurler de façon si brusque que la femme sursauta avant de
décrocher son téléphone. Elle dit quelques mots puis raccrocha.
- On vient vous chercher, fit-elle.
Tiens donc, pensa Lara. Donc Lorsenn est suffisamment intrigué pour accepter
lentrevue
Lara eut la sensation quelle avait vu juste : Lorsenn était
bien en possession de la lance dOdin. En tout cas, elle était sûre que
cétait lui qui avait payé Penny. Un homme arriva enfin, mais qui nétait
pas Lorsenn. Il nétait ni blond ni grand, bien au contraire : cétait un
homme petit, râblé, brun, les cheveux plaqués sur le front, avec une tête de
fouine mise en valeur par de petites lunettes cerclées dor. Le type
détestable au premier regard. Dautant quil la dévisagea de la tête aux
pieds sans aucune gêne.
- Msieur Lorsenn ? demanda Lara, plus pour dire quelque chose que par réel
souci de confirmation.
- Non, je suis son assistant. Vous auriez quelque chose à vendre, alors ?
Droit au but. Les doutes de la jeune femme disparaissaient au fur et à
mesure.
- En effet. Mais à lui en personne.
- Bien entendu
Suivez-moi.
Elle emboîta le pas à ce
rat. Tout en marchant, elle se remémora la vision
quelle sétait forgée de Lorsenn à partir de la description de Jack Penny.
Un grand blond. Puis, elle récita mentalement tout ce quelle avait à dire,
et lorientation quelle voulait donner à la conversation. La tête de fouine
bifurqua soudain et la fit entrer dans un bureau. Lara se retrouva enfin
face à larmateur. Elle sarrêta de mâcher son chewing-gum et resta bouche
bée. Lentement, elle leva les yeux, puis la tête. Elle recula un peu,
histoire davoir une vue approximative densemble, et déviter un torticolis
spontané. Erik Lorsenn nétait pas grand : il était immense. Mesurant au bas
mot deux mètres dix, bâti comme une armoire, il avait un visage carré, percé
par des yeux dun bleu presque gris métallique, et surmonté dune coupe en
brosse dun blond naturel. Ce colosse aurait fait passer Beauchamps pour un
nain de jardin. Et pour couronner le tout, Lorsenn était dune beauté
stupéfiante, parfaite. Quasi surnaturelle. Lara resta un moment sans voix
devant cet homme. Puis elle se remit lentement à mâcher, comme elle se
remettait de sa surprise. Sa réaction ayant été clairement perçue, elle
décida de ne pas sen cacher, mais en restant néanmoins dans son rôle.
- Eh ben
souffla-t-elle. Bonjour lengin
Zêtes beau, on vous la déjà dit
?
Lorsenn sourit, découvrant des dents dune blancheur éclatante. Lara se
botta mentalement les fesses pour ne pas se laisser subjuguer par ce dieu
vivant de la beauté.
- Vous me flattez, miss
- Cruise. Laura Cruise.
Même sa voix était parfaite, chaleureuse et puissante. Sur son invitation,
elle sassit face à son bureau. Lorsenn passa derrière, avec son assistant à
ses côtés.
- Alors, miss Cruise ? Que me vaut le plaisir de votre visite.
- Jsuis une amie de Jack, fit-elle. Il ma dit que vous étiez passionné par
les trucs un peu chelou.
- Un peu ?
- Chelou. Louches. Et jai trouvé un truc à vous vendre.
- Je crains de ne pas être intéressé, miss Cruise. On vous aura mal
renseigné.
Lara fut prise de panique. Il jouait forcément un jeu ! Il bluffait autant
quelle, ça se sentait. Elle se décida, contrainte et forcée, à jouer
immédiatement son va-tout.
- Ben Jack dit que si. Cest un grand bâton, genre le manche dune lance.
Lorsenn resta silencieux et la dévisagea. Lara se sentit mise à nue par son
regard dun bleu glacial et pénétrant. Elle soutint le regard, puis poussa
son avantage en se levant.
- Cest Jack qui ma dit ça, moi je propose, hein ? Maintenant cest pas
grave, ça me fera de la thune en moins.
Elle partit vers la porte, mais lassistant à tête de fouine la dépassa et
se plaça devant.
- Attendez, miss Cruise, fit Lorsenn, dans son dos. Je réfléchissais.
Rasseyez-vous.
Elle sexécuta, excitée davoir fait mordre un aussi gros poisson à
lhameçon. Mais elle déchanta vite : Lorsenn ne sétait pas départi de son
calme, et son visage ne trahissait aucune émotion hormis celle dune
quiétude totale.
- Miss Cruise, je doute que vous ayez en votre possession ce que je
recherche.
- Vous cherchez bien un bâton, alors ?
- En effet. Décrivez-moi le votre, je vous prie.
Lara hésita un bref instant sur la conduite à tenir pour éviter le piège
grossier que lui tendait larmateur : elle décida de rester dans son rôle.
- Eh, minute, papillon ! Jveux pas me faire avoir comme ça, moi ! Jveux de
la thune !
Lorsenn ouvrit alors un tiroir et lui tendit une photo, dont la prise de vue
ressemblait à celle de la pointe de lance. Sauf que celle-ci représentait un
bâton en bois sculpté. Elle se composa un masque de déception.
- Nan, cest pas le mien, fit-elle en soupirant. Mais si vous permettez, et
que vous payez bien, je vous le trouve !
Lorsenn sembla hésiter, pensif. Puis il offrit un sourire franc et massif.
- Pourquoi pas ? fit-il. Toute laide disponible est la bienvenue.
- Je peux garder la tof ?
- La quoi ?
- La photo.
- Oui, bien sûr.
Lara se leva et salua larmateur norvégien.
- Bon, ben je vous tiens au courant ! Me ramenez pas, je connais la sortie !
Elle quitta le bureau, un grand sourire aux lèvres. Si elle sétait
retournée à ce moment-là, Lara aurait vu que Lorsenn et son assistant
souriaient encore plus.
***
De retour au manoir, Lara avait réintégré
ses vêtements habituels. Mais sa longue chevelure était toujours « jaune
paille », comme lavait qualifiée Winston. Elle sinstalla confortablement
au bureau de son père, dans la bibliothèque, tandis que le majordome
préparait le thé. Elle contempla la photo de la hampe lorsque son portable
sonna. Indy.
- Oui, Indy ?
- Tu vas bien ?
- Pas mal. Jai du neuf : la photo de la hampe.
- Joli. Tas fait comment ?
- Jai suivi le meurtre de Robson, et je suis tombé sur un gros poisson : un
riche homme daffaires norvégien.
- Norvégien ? Ca colle avec ce que lon sait, donc. La mythologie
scandinave.
- Oui, cest ce que je me suis dit. Et toi, tes recherches ?
- Jai retrouvé la trace de la hampe. Elle a été trouvée il y a plusieurs
siècles, et a été vendue un nombre incalculable de fois.
- Parce que ça vaut cent dollars
- Un peu plus, mais cest dans lesprit, oui.
- Tu as retrouvé la trace du dernier acquéreur, et je vais moffrir une
visite illicite de sa demeure ?
- Pas tout à fait
Cette personne, dans un élan daltruisme et de
mécénat, a offert la hampe gratuitement à un musée dOslo.
- Tiens, encore la Norvège
Cest donc un musée que je dois cambrioler?
- Pas tout à fait. Notre mécène avait des connaissances disons de base de
larchéologie, et a donc expédié la hampe à destination du musée
dAthènes.
- Bonjour le jeu de pistes. Donc je pars en Grèce.
- Pas tout à fait
- Jones, je te jure, au prochain « pas tout à fait », je te botte le cul.
Accouche !
- La hampe a été expédiée en bateau, mais celui-ci a coulé.
- Méditerranée ?
- Oui.
- Donc je vais faire de la plongée sous-marine ?
- Tout à fait !
Indy éclata de rire et raccrocha aussitôt pour éviter les foudres de la
jeune femme.
En attendant le dîner, Lara et Bryce sétaient affalés sur le canapé, devant
la télé. Lara se sentait détendue, car la journée avait été à la fois
reposante et pleine denseignement. Ils avançaient vite et bien, et elle
avait maintenant un objectif très clair et parfaitement dans ses cordes :
trouver la hampe en pleine mer. La cloche de lentrée retentit alors.
Winston se précipita et ouvrit sur linspecteur principal McRiddell, qui le
salua. Lara se leva en soupirant et alla à la rencontre du policier
bedonnant.
- McRiddell ? sétonna-t-elle. Que fais-tu ici ?
- Jai retrouvé mon badge, fit-il en guise de préambule.
- Tu lavais égaré ?
- On me lavait pris, avant de me le rendre en passant par laccueil du
Yard. Très malin. Alors je me suis demandé pourquoi me le prendre pour me le
rendre vingt minutes plus tard. Et jai trouvé : pour chercher quelque chose
dans les fichiers de la police. Alors jai enquêté, et jai retrouvé des
empreintes sur un clavier, ainsi que la recherche effectuée dans les
fichiers.
Lara souriait. McRiddell nétait pas dupe, il savait que cétait elle. Mais
elle samusait de ce petit jeu de non-dits. Elle cherchait une excuse banale
lorsquelle vit deux policiers en uniforme entrer chez elle. McRiddell
secoua tristement la tête.
- Lady Lara Croft, vous êtes en état darrestation pour le meurtre de Jack
Penny et pour la tentative de meurtre sur Alexander West.
Un des policiers attrapa les poignets de Lara pour les amener dans son dos
et y attacher une paire de menottes.
- Tu te fous de ma gueule, ou quoi ? fit Lara, folle de rage. Tu vas le
regretter, McRiddell. Tu sais que je ne suis pas une meurtrière.
Linspecteur lignora superbement et continua sa petite tirade.
- Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous pourrez dire
pourra être retenu contre vous lors de votre procès. Vous pouvez vous faire
assister dun avocat dès que linterrogatoire commencera, dans les locaux du
Yard. Si vous navez pas les moyens de vous en offrir un, la cour de justice
vous en commettra un doffice.
Il se tut, reprenant sa respiration. Les policiers poussèrent la jeune femme
menottée dehors, où deux voitures de police attendaient, gyrophares
tournant. Elle foudroya McRiddell du regard quand elle le croisa. Celui-ci
lui répondit par un hochement de tête attristé.
- Désolé, Lara, cest mon boulot. Mais cette fois, tu es vraiment dans la
merde.
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