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Un rêve de mains
rouges |
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Un rêve de mains rouges,
Partie 1 - Prologue, par Hermione,
le 19 septembre 2006 (mis à jour le 1er mai 2007).
Partie 1 : The Angel
of Darkness
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Prologue : Le dur
chemin de vie
Cela faisait un mois et demi depuis mon
retour. Un mois et demi qui me paraissait aussi long qu’une éternité.
A cette époque, j’étais en Egypte. Après avoir enfermé Seth, j’avais réussi
à atteindre la sortie. A atteindre seulement. Je me souvenais encore des
derniers mots de Werner pour moi. Il avait voulu m’aider. Mais j’avais douté
de lui un instant de trop. Ces simples secondes avaient failli me coûter la
vie. La pyramide s’était effondrée sous mes pieds, Werner s’était enfui, et
moi j’avais chuté dans ce qui aurait pu être mon tombeau. Dans les ténèbres
les plus totales, j’étais restée enfermée pendant des heures, peut-être des
jours. Je n’avais plus aucune notion du temps. L’esprit à moitié comateux et
délirant, j’avais rêvé de choses du passé et du présent.
J’avais revu ma mère disparaître en Himalaya. J’avais revécu mes derniers
moments avec mon père, avant qu’il ne parte au Cambodge où il disparut par
la suite. J’avais senti à nouveau le chagrin et la rage de n’avoir pas pu
sauver Amanda et mes autres anciens camarades. J’avais encore promis à Anaya
que les cadavres de vieux amis ne ressortiraient plus du passé. Je m’étais
souvenue de la vision de ma mère à Avalon, dans le miroir en Bolivie. Je
m’étais rappelé Seth, Horus, Werner possédé, l’enlèvement de Jean-Yves, ce
tombeau égyptien qui était devenu le mien.
Je m’étais souvenue de tellement de choses et d’actes passés que je ne
savais plus où finissait le présent et où commençait le passé. Je m’étais
souvenue de ceux qui étaient tombés ou disparus par ma faute, du sang versé
par mes mains.
Et il y avait eu le souvenir du Cambodge, en 1984. Werner prisonnier du
piège de l’Iris, et moi qui m’enfuyais. Cette même scène, je l’avais revue,
avec nos positions inversées, cette scène la plus proche de moi avant
l’éboulement de la pyramide. Moi qui m’étais retenue à peine à la roche,
Werner qui m’avait abandonnée. Pourquoi m’aurait-il aidé ? Pourquoi
m’aurait-il aidé plus que moi-même je l’eusse fait des années auparavant ?
Je ne lui avais rien demandé. Pourtant il l’avait fait. Mais il s’était
enfui, m’avait trahie, et ce n’était que justice. Je le haïssais pour cela.
Ce fut cette émotion qui m’avait fait revenir à un semblant de vie. Après un
temps infini passé à cauchemarder de moi-même, de mes démons intérieurs, je
m’étais relevée. Difficilement. J’avais senti mon cœur battre, et ce son qui
aurait dû être réconfortant n’a fait qu’empirer la situation, car il m’avait
fait prendre conscience du silence de ce tombeau. J’avais avancé, lentement,
à tâtons, maintenue par des motivations dont j’ignorais le véritable sens.
Le désir de vivre, ma haine de Seth, ma soif de vengeance envers Werner,
l’espoir de ne pas finir oubliée dans cette pyramide…peut-être y en avait-il
d’autres. Parfois la mémoire me revenait avec une clarté horrifiante,
parfois elle était au contraire pleine de ces portes dont la clef était
perdue.
Ce n’est que plus tard que je me suis aperçue que j’avais perdu mon sac à
dos. Mais il était trop tard pour revenir en arrière. Et je ne l’aurais
jamais fait, de peur de chuter encore.
Encore aujourd’hui, je me demande où j’ai pu trouver la force et le courage
de remonter à la surface, alors que j’étais blessée physiquement et
mentalement. C’est une autre de ces choses de ma vie que je ne peux pas
expliquer. J’avais fait preuve de la même détermination qu’enfant en
Himalaya. Cela a failli ne pas suffire.
A un moment du chemin du retour à la vie et à la lumière, je l’avais
entendu. J’avais entendu ses rugissements d’intense courroux, emplis de mal
et de destruction. Il est l’ombre sur le soleil, le porteur de fléaux et sa
colère, sans limites, aurait consumé la terre. Seth.
Dans mes rêves d’aujourd’hui, j’entends encore parfois sa voix m’ordonnant
d’être son esclave. Je vois encore ses yeux rouges posés sur moi. Par la
même occasion, je revois ce moment de désespoir qui m’avait envahie lorsque
je l’avais entendu dans la pyramide. Et ce fut à cet instant que j’ai promis
que pour rien au monde, je ne revivrai cette épreuve qu’avait été mon voyage
en Egypte.
Quand je m’étais relevée, j’avais été dans un tel état que je crus avoir
atteint la psychose. Je ne sais plus si c’était vrai ou non, mais
l’atmosphère était imprégnée de cette aura maléfique dégagée par Seth, cette
aura de folie et de destruction. J’avais cependant continué à avancer. Je
savais que si je tombais à nouveau, je ne me serais plus jamais relevée. Peu
à peu, pas à pas, ses hurlements se sont tus au loin. Lorsque seulement mon
cœur et le son de ma marche avaient résonné dans l’immobilité de la
pyramide, j’avais su que j’allais m’en sortir.
Un temps infini plus tard, j’avais enfin aperçu une lumière. J’avais dégagé
le seul passage de pierres qui s’opposait entre la vie et moi, et je m’étais
retrouvée à l’air libre, après tant de temps passé à errer dans les
anciennes galeries de ce qui aurait pu être ma tombe.
J’étais sortie au crépuscule. Anéantie par la fatigue, les souvenirs,
l’obscurité qui régnait en moi depuis mon réveil, j’avais chuté dans le
sable. La voix de la raison m’avait dit de retourner dans la caverne pour me
réfugier du froid glacial qui allait bientôt s’abattre, mais je ne serais
jamais retournée dans cette pyramide. J’avais attendu, à moitié somnolente.
Alors Putaï était apparue.
Putaï était une chamane, faisant partie de
ces tribus nomades solitaires parcourant le désert, à la recherche d’on ne
savait quoi. Je ne croyais personnellement pas aux pouvoirs d’une chamane.
Mais avec elle, j’ai été forcée d’y croire. Et après tout, j’avais déjà vu
tant de choses surnaturelles dans ma vie.
Des jours qui suivirent je ne conserve qu’un souvenir vague. Je crois être
retombée un temps dans un état proche du coma. Putaï et ses compagnons
m’avaient soigné avec patience. Et sauvée, sans nul doute. Sans eux,
j’ignore ce que je serais devenue. Je leur devais la vie.
Néanmoins, je crois que la psychose m’avait vraiment atteinte. Tous ces
évènements dans la pyramide et l’abandon de Werner m’ont meurtrie, plus
profondément que je n’avais voulu l’admettre en les contant à Putaï. Et
j’étais emplie d’une telle haine envers mon ancien mentor, accentuée par mes
démons intérieurs et l’aura de Seth régnant toujours en moi, qu’elle a dû
m’apprendre à me maîtriser. Ce fut long et difficile.
J’avais changé.
J’étais plus froide, plus méfiante. Peut-être que cette histoire m’a
bouleversée autant, sinon plus, que la disparition de ceux que j’avais
aimés. Je n’étais plus cette pilleuse de tombes sûre d’elle. Et je ne peux
pas dire que même après ma guérison, je sache véritablement ce que j’étais
devenue. Je demeurais un mystère aussi bien aux yeux des autres qu’aux
miens. L’Egypte m’avait fait découvrir une nouvelle facette inconnue de
moi-même. Celle qui était solitaire et taciturne, celle qu’on atteignait
plus si facilement. Celle que personne ne connaissait, y compris moi.
Lorsque je fus un peu près rétablie, j’étais partie chercher de l’eau à une
oasis, accomplissant les tâches de cette tribu qui était le plus proche de
ce qui pouvait être une famille pour moi. Ce fut là que je le rencontrai.
Celui qui m’avait donné mon goût pour les tombes inexplorées.
Celui qui avait été comme mon second père.
Celui qui avait bouleversé ma venue en Egypte.
Celui qui m’avait abandonnée.
Celui qui m’avait trahie.
Celui à qui je ne pardonnerais jamais.
Werner Von Croy.
Ma haine avait tellement bouillonné en moi que je crus que j’allais perdre
le contrôle sur mes démons intérieurs. Lâchant ma gourde, je m’étais avancée
à grands pas vers le campement installé près de l’oasis. Ma haine devait se
voir sur mon visage, car le jeune garçon près de Werner s’était écarté avec
peur. J’avais eu du mal à respirer.
Werner s’était retourné en entendant mes pas. Les cinq premières secondes,
il n’avait pas dit un mot, tant il avait dû être stupéfait de me revoir. Les
cinq secondes suivantes, il a dû regretter que la table pliante disposée
derrière lui l’empêchât de reculer.
Aucun de nous deux n’avions prononcé un mot durant un instant. Les yeux dans
les yeux, nous nous étions regardés, et j’avais brûlé intérieurement de rage
et de vengeance. Les barrières dressées par Putaï s’étaient effondrées si
facilement.
J’avais entendu le déclic d’une arme automatique derrière moi, puis senti un
contact froid à l’arrière de ma tête. Un sourire mauvais aux lèvres, je
m’étais écartée de Werner. Un pas. J’étais toujours aussi folle de rage.
Deux pas. Ma haine me consumait. Trois pas. J’avais prié pour que les
enseignements de Putaï ne me fassent pas défaut.
-C’est bon, Marten. Ja, c’est une…amie.
Comme Werner avait buté sur ce mot. J’en étais ravie. Je n’avais même pas
jeté un regard à l’homme qui s’éloignait de nous. Je ne voyais que Werner.
-Lara…
Il y avait du soulagement dans sa voix.
-Tu as survécu. Si tu savais toutes les recherches que j’ai faites pour te
retrouver…Mais je n’ai jamais récupéré que ton sac.
Il avait désigné mon fidèle compagnon d’aventures au pied de la table.
-Je te croyais morte, Lara. Mais quand nous reviendrons en Angleterre…
-Je ne retournerai pas en Angleterre.
Ma voix avait tranché, glaciale et cassante. Je ne supportais pas cette idée
de revenir chez moi comme si rien n’était arrivé.
-Lara…
-Non, Werner. Comment peux-tu ? Comment peux-tu vivre encore après m’avoir
trahie ? Comment peux-tu encore dormir après ce que tu m’as fait ?
Ces reproches s’étaient déversés de ma bouche sans que j’eusse pu les
retenir. Et avais-je eu envie de les retenir ?
-Comment ?
-Lara, je t’en prie…laisse-moi…
-Non, Werner. Je ne t’ai pas supplié de m’aider. C’est toi qui l’as fait au
Cambodge. Mais tu n’es plus rien…plus rien qui en vaille la peine. Sans ton
souvenir, je n’aurais peut-être pas survécu. Mais sans toi, je ne serais pas
ce que je suis devenue aujourd’hui. Et je ne t’en remercie pas.
Toujours aveuglée par haine, je m’étais approchée de lui. Il avait tenté de
reculer, mais je n’avais fait que prendre mon sac à dos à terre. Je m’étais
retournée vers lui. Il n’y avait plus eu qu’une barrière oscillante entre
lui et mes démons intérieurs. Il aurait suffi d’une simple autre poussée de
vengeance. Je m’étais reculée.
-Werner, si jamais je te revois…je te promets que je ne serais pas aussi
inoffensive. Ne recroise plus jamais mon chemin. Je te hais et ne veux plus
rien avoir à faire avec toi. Je veux que tu sortes de ma vie. Sans
possibilité de revenir.
Je m’étais détournée et repartie vers ma tribu.
-Lara ?
Je ne m’étais pas arrêtée au son de son appel.
-Tu as changé. Tu as grandi.
La barrière avait tremblé. Il n’avait eu que cela à me dire. Mais je ne
crois pas que dans mon état, j’aurais accepté ses excuses. Alors j’avais
répondu :
-Oui, Werner. J’ai grandi, grâce à toi. Et je ne te pardonnerai jamais.
J’étais partie sans regarder en arrière. Je crois que ce jour-là, je n’ai
jamais été aussi proche de le tuer.
Quand j’étais arrivée au campement de ma
tribu, il n’y avait plus rien. Les tentes brûlaient encore, et le sang
maculait la terre. Envahie d’une peur incontrôlable, j’avais couru jusqu’au
premier corps.
C’était Putaï.
Mes yeux étaient restés secs. Je crois qu’il ne restait plus rien en moi qui
puisse me faire pleurer. A l’endroit de mon cœur où était inscrite ma tribu
adoptive, il n’y avait plus qu’une fissure vide. Je les avais protégés en
échange de leur aide, mais pas assez. J’étais vide. Vide de tout autre
sentiment que la soif du mal, la soif de la vengeance. Il n’y avait qu’une
autre tribu qui s’en prenait continuellement à la mienne malgré ma présence.
La nuit suivante, je les avais tous tués.
J’avais enterré Putaï et les autres membres
de ma tribu près de la pyramide. Si un jour je revenais en ces lieux, je
verrai l’endroit qui m’avait transformée, et je saurai où étaient ceux qui
m’avaient guérie.
Je n’avais toujours pas pardonné Werner, ni ceux qui avaient tué ma tribu.
Je sais que quoi qu’ils eussent fait, le pardon pour eux ne serait jamais
venu.
J’avais continué à défendre des tribus
pendant quelques jours. Puis j’étais retournée chez moi. Winston avait été
tellement heureux de me revoir qu’il avait voulu fêter mon anniversaire avec
presque un mois d’avance. J’avais refusé. J’étais encore trop blessée pour
ce genre de choses, et vivre au manoir n’arrangeait rien, car j’y revoyais
sans cesse les causes de mes cauchemars en Egypte. Les photos de mes
parents, des lettres nouvellement reçues de Werner. Des livres sur l’Egypte
ancienne – je me suis retenue de déchirer celui entièrement consacré à Seth.
J’ai lu les lettres de Werner. Il voulait regagner ma confiance et mon
amitié – pauvre fou. Mais un de ses écrits m’a particulièrement intéressée.
Et grâce à cela, et heureusement pour mon mental, je n’ai pas tardé à
changer de paysage.
Paris est une jolie ville, quoique froide et sombre.
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